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Appel de Venise #2 Croyez-vous que c’est Pâques ?

Venise, 17 mars 2020, 11h

Si vous avez lu notre premier « appel de Venise », publié ce samedi 14 mars 2020 à 17h, vous savez que nous ne vous avons pas trompés. Nous vous avons dit clairement ce que vos dirigeants n’ont pas su dire ce samedi, ni même dimanche 15 mars. Plus de 52.000 personnes ont lu notre premier appel de Venise depuis ce blog. Si au moins 1% d’entre elles ont appliqué nos recommandations d’une distanciation sociale radicale et immédiate en France, alors nous avons sans doute contribué à notre petit niveau citoyen à ralentir la contamination, pendant que vos dirigeants ont pris la responsabilité de maintenir le premier tour des élections municipales le dimanche 15 mars 2020. Nous n’avons aucune qualité spéciale, nous n’avons aucun conseiller, nous ne travaillons pour le compte de personne, nous ne sommes pas des voyants, nous sommes seulement dans votre futur, ce qui nous permet d’actionner la sirène depuis Venise.

Pourquoi disons nous que nous sommes dans votre futur ?

Nous vivons dans le Nord de l’Italie, en Vénétie où il y a eu le premier mort italien du coronavirus, Adriano Trevisan, de manière inattendue dans une petite commune rurale, à Vo’ (dans la province de Padoue). Les morts étaient déjà plus de 2.100 selon le bulletin de la protection civile italienne d’hier lundi 16 mars à 18h. La précision dans le temps est importante. Nous avons suivi avec une attention constante les étapes de la crise italienne du coronavirus : ce que vous vivez nous l’avons vécu minute par minute. Vos doutes, vos hésitations, votre ironie, vos demi-mesures, vos erreurs, nous sommes passés par là.

Nous sommes dans votre futur, avec 7-8 jours d’avance, ce que nous écrivons dans ce nouvel appel est public ici, contenu dans les articles des journaux de référence et dans les décisions du gouvernement et des régions, dans les appels des médecins et de tout le corps médical. Vous avez tout intérêt à considérer nos messages gratuits et bénévoles. Nous savons déjà ce que vous apprendrez à vos dépens dans peu de temps si vous ne faites pas vous-même ce qu’il faut pour modifier votre futur. Le temps est essentiel, le temps c’est des centaines, des milliers de vies sauvées ou détruites. Ce que vous voyez aujourd’hui mardi 17 mars, c’est le résultat de ce que vous avez fait collectivement entre le 1er et le 10 mars. Vous verrez dans les prochains 6-12 jours les résultats des rassemblements de Schtroumpfs, des manifestations du 8 mars, de la campagne électorale et du premier tour des élections municipales, entre autres éléments d’une vie sociale nullement modifiée, en « résistance » contre la « psychose » du coronavirus comme vous pensiez encore il y a peu. Les effets futurs de ces événements passés ne sont plus modifiables. Il faudra être patient pour voir vos nouveaux comportements produire leurs effets.

Nous vous disons bien sûr d’appliquer les consignes qui vous sont données par les pouvoirs publics, dès à présent et sans chercher à retrouver à l’instant les souplesses auxquelles il faudrait renoncer tout de suite. Toutefois, essayez de prendre un coup d’avance, pour jouer malin, puisque ce que vous jouez c’est votre vie et celle de vos proches et personnes aimées, et aussi de vos voisins et de votre collectivité. Fraternité, avez-vous dit ? C’est le moment… Donc, bien sûr « Restez chez vous » comme le dit enfin ce mardi 17 mars matin, le président de la République dans un tweet. Plus tard seulement, on reprochera aux responsables leur comportement de la semaine passée, on ne polémique pas pendant les catastrophes naturelles, on sauve des vies, on se sauve soi-même.

Le diable est dans les détails

La seule chose qui vaille est de dicter les actions justes pour maintenant, pas celles qu’il aurait fallu adopter hier, car des conseils d’après-coup les cimetières sont pleins (proverbe italien). Mais ce n’est pas assez. Vous savez que le diable est dans les détails. L’expérience d’Italie nous a appris que les demi-mesures (celles que nous avons appliquées ici jusqu’à ce que le gouvernement italien décrète le soir du 11 mars le confinement renforcé) sont inopérantes contre l’épidémie. Il faut parler clair et ne plus dire de choses contradictoires. Et essayer d’agir en cohérence, pour soi-même. Restez chez vous, ça veut dire : ne courez pas après le dernier train, le dernier avion, ni sur les routes, pour changer de région, rejoindre vos campagnes, vos parents. Chacun de nous en bougeant est un vecteur d’épidémie. En plus, ce faisant vous allez multiplier les contacts, en faisant vos courses, en faisant du co-voiturage, etc. Donc restez chez vous, si vous avez la chance d’en avoir un : vous y habitez d’habitude, donc vous pouvez y passer quelques jours ou semaines même dans l’inconfort relatif. Croyez-vous qu’un lit de réanimation en période de saturation hospitalière soit préférable à chez vous ? Vos dirigeants, si peu au fait des langues et réalités étrangères, essayant dans l’improvisation de répondre à vos questions, vous concèdent que vous pouvez vous promener, prendre l’air et faire de l’exercice, sortir avec vos enfants, faire vos courses chaque jour : ces concessions sont nocives. Si elles vous sont permises, ça veut dire que vous ne risquez pas l’amende, mais elles ne vous empêcheront pas de vous contaminer les uns les autres. Ici, on a appris à faire des promenades d’appartement, même les danseurs de la Scala de Milan font leurs exercices quotidiens dans leur salon et les publient sur les réseaux sociaux

Croyez-vous que c’est Pâques ?

Si vous tous sortez faire de l’exercice, promener le chien, profiter du printemps avec les enfants, ce n’est pas du confinement, ce sont des jours fériés supplémentaires.

Croyez-vous que si les écoles sont fermées et que vos enfants sont avec vous à la maison c’est parce que a) C’est Pâques ? b) Parce qu’il y a un risque de contamination ?

Telle est la question que posait Barbara Balanzoni, anesthésiste-réanimatrice, le 4 mars 2020, désespérée devant l’afflux des cas graves dans les hôpitaux. Elle s’adressait sur les réseaux sociaux selon ses propres termes aux « italiens moyens ».

Donc, remplaçons italiens par français et comptez sur votre propre intelligence pour saisir la dynamique des événements plutôt que sur votre astuce pour contourner ou assouplir le peu de règles justes qui vous sont imposées. Pour être clair, prenons un exemple de ce mardi matin 17 mars. Votre ministre de la Santé vous dit ce mardi matin sur Twitter : « N’entrez pas en contact avec plus de 5 personnes par jour. Chaque contact évité peut être une vie sauvée. »

La deuxième phrase est excellente, suivez-la comme l’étoile polaire (expression italienne) de votre comportement social à partir de maintenant. Mais la première phrase est la transposition désastreuse de la recommandation de « consommer 5 fruits et légumes par jour »… Surmenage de conseiller ? Cinq contacts par jour et par personne, tous les jours, en temps de coronavirus dans l’épicentre d’une pandémie, sans préciser si on parle à des personnes en forme, à des personnes âgées, à des personnes enrhumées, si ce sont des personnes différentes… Cette recommandation qui fait dans le marketing de communication est absurde. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS, WHO en anglais) dans sa conférence de presse du lundi 16 mars à 18h recommandait au contraire de limiter les contacts, même au domicile, dès lors qu’il y aurait un seul cas suspect en fonction de simples symptômes. L’OMS préconise le retrait des personnes contaminées des domiciles et leur confinement à l’hôpital ou dans d’autres lieux dédiés à l’urgence. A défaut de pouvoir appliquer cette recommandation, il faudrait qu’une seule personne en bonne forme reste pour s’occuper de la personne présentant des symptômes suspects, mise à l’isolement dans une pièce à part, en utilisant un masque de protection. De plus l’OMS a recommandé hier également de tester, tester, tester tous les cas suspects dans les pays atteints car on ne combat pas un incendie à l’aveuglette. Toutes ces préconisations de l’OMS sont publiques et disponibles en ligne en anglais, c’est comme ça.

Ecouter l’OMS et profiter des expériences

Ce qu’on attend du ministre de la Santé et des autres pilotes de cette crise, c’est qu’ils nous transmettent ces éléments et qu’ils nous disent comment la France va répondre aux injonctions de l’OMS. Nous n’avons pas évoqué encore la question du travail. Nous le ferons en détail dans un prochain message. Commençons par applaudir et applaudir encore du fond du cœur tous les personnels médicaux et tous les professionnels qui remplissent des missions essentielles et s’exposent pour sauver des vies. Leurs journées sont longues, leurs semaines n’ont plus de dimanche. Que tous les autres se demandent si en se rendant au travail pour des activités non essentielles, ils sont en mesure de se protéger et de protéger leurs collègues et autres personnes rencontrées pour limiter la propagation de l’épidémie. Puisque le langage guerrier est inévitable en pareille circonstance et très présent dans les discours des dirigeants, qu’il soit permis de citer un propos historique plein d’optimisme, que vous reconnaîtrez évidemment : «  Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. (…) Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances n’empêchent pas qu’il y a dans l’univers tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. »

Et non, rassurez-vous, nous ne nous prenons pas pour le Général de Gaulle, nous n’avons que 7-8 jours d’avance sur votre futur, à l’époque lui avait près de 5 ans de clairvoyance.


Philippe Gault : journaliste honoraire, ancien dirigeant de radios
, uomo di casa à Venise / @PhilippeGault

Ilona Gault : professeure de piano, traductrice à Venise / @quiviviamobene

Pubblicato da veneziaquiviviamobene

J’ai ouvert ce blog pour laisser une petite trace de ce que j’ai écrit sur Venise au cours de ces dernières années. Et pour ce qui s’écrira au futur … “Qui viviamo bene” c’est d’abord une inscription taguée en lettres majuscules sur un mur de Santa Marta à Venise. J’ai choisi ce pseudonyme pour mon compte instagram en 2016 (@quiviviamobene); en effet cette assertion : “ici on vit bien” résonnait en moi comme un cri du coeur : un cri de plaisir et de désir; une revendication du droit à (la joie de) vivre bien à Venise. Au fil du temps le graffiti s’efface. À chaque fois que je passe devant, je rêve de le retrouver fraîchement repeint…

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